L’ancienne secrétaire filmée dans les toilettes

Publié le 14/03/2012 par Administrateur, vu 2775 fois

Le Républicain Lorrain publié le 14/03/2012 .
S’il a reconnu les faits, tout se joue désormais sur le terrain des réparations financières entre employeur et employée. Hier, devant les prud’hommes de Metz, la secrétaire-comptable d’un garage automobile de Réning, dans le Pays de Sarrebourg, convoquait son ancien patron devant la section commerce pour obtenir réparation de la perte de son emploi. En mars 2011, après avoir découvert l’existence d’une caméra dans les lieux d’aisance, elle a mis fin à son contrat dont elle impute la rupture à son employeur.

Le 22 juin dernier, le tribunal correctionnel de Metz condamnait d’ailleurs le gérant du garage à deux mois de prison avec sursis pour atteinte à la vie privée lors d’une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Pendant plus d’un an, le garagiste, qui suspectait sa secrétaire de faire disparaître des factures, la filmait par un système vidéo invisible : un endoscope dissimulé dans un joint de carrelage. Salariée pendant onze ans, elle ne travaille plus depuis les faits et la CPAM l’a placée en accident du travail.

« Pas une manière de faire »

Si les indemnités compensatoires et les congés payés ont été honorés, l’ancienne secrétaire demande aujourd’hui que la rupture du contrat soit reconnue comme un licenciement sans cause réelle et sérieuse. « Vous devez reconnaître qu’il n’y a pas de motif réel et sérieux, a insisté M e Bernard Petit, pour l’ancienne secrétaire. La justice a statué sur la réparation physique du dossier pénal mais pas sur la perte de l’emploi. Il l’a espionnée et aujourd’hui, on vient encore jeter l’opprobre sur une salariée qu’on soupçonnait de dérober ou de détruire des factures. Même s’il y a suspicion, ce n’est pas une manière de faire. » L’avocat messin réclame 30 000 € de dommages et intérêts ainsi que 3 844 € correspondant au double de l’indemnité de licenciement.

Pour la défense du garagiste, l’avocate sarregueminoise Estelle Baton regrette qu’on veuille « saigner » son client. « Elle sait qu’il est suspicieux mais de là à le présenter comme un pervers sexuel qui cherche à voir l’anatomie de sa secrétaire, il y a un pas qu’elle n’aurait pas dû franchir. Est-ce le DSK mania ? s’est-elle interrogée. « 30 000 € de dommages et intérêts, c’est 31 mois de salaires dans cette petite entreprise de moins de onze salariés. D’autant plus qu’elle est en accident de travail et qu’il n’y a pas eu licenciement », a-t-elle conclu.

Le conseil des prud’hommes se donne jusqu’au 23 mais pour rendre son jugement.

Cécile PERROT.